News N°10 Octobre 2010 "les gens courageux sont intimes avec leurs peurs .." - 04 octobre 2010

« Les gens courageux sont intimes avec leurs peurs.. »
Par Ricardo Croati / France Training pour 3i3s.org
Il y a 35 ans, David Caradine avait, dans un feuilleton nommé Kung Fu, cette réplique d’anthologie : « Il ne faut avoir peur que de la peur elle-même ». Plus récemment, dans un autre film lui aussi consacré à cet art martial, un jeune garçon de 12 ans nommé Dre, américain mais vivant en Chine, subit quotidiennement les coups d’un plus grand que lui, expert dans ce sport de combat traditionnel, et se prénommant Cheng. Le « petit scarabée » Dre est contraint de passer ses journées à fuir Cheng, la terreur du collège. Un jour cependant, il découvre le Kung Fu. Il s’entraîne dur et finit, grâce à sa persévérance, par participer à une compétition. Contre toute attente, il parvient en demi-finale. Mais lors de ce combat, il reçoit tellement de coups de son adversaire qu’il ne peut ensuite presque plus marcher. Son Maître lui demande alors d’arrêter la compétition, bien qu’il soit qualifié pour la finale et donc à seulement un match de la victoire. Et pour cause, cet ultime combat doit avoir lieu face à Cheng. Allongé sur un brancard, Dre, qui a compris la philosophie du Kung Fu, réplique alors : « Si je n’affronte pas la peur que je ressens à l’idée de lui faire face, je ne pourrai pas vivre ». Le duel est sans merci mais le jeune Dre finit par l’emporter. Il gagne le tournoi. Cheng, ayant compris la puissance intérieure du « petit scarabée », s’incline alors pour lui rendre hommage.
Un film pour enfant ? Oui, sans doute. Mais avec une autre lecture, on se rend compte qu’il y a là toute la matière pour comprendre comment grandir de nos peurs et grâce à celles-ci vivre en paix avec les autres. En affrontant nos démons intérieurs, nous nous en libérons, ce qui nous permet d’être davantage en harmonie avec le monde extérieur. L’ennemi est en nous, impossible de nous fuir ou de nous enfuir. Il faut l’affronter.
Le problème est que ni Centrale, ni Sciences-Po, ni l’Essec, ni aucune autre école ne nous enseignent la plus importante des matières : la connaissance de soi. Je me prends à imaginer qu’un jour une grande école mettra au programme un cours obligatoire sur ce sujet, ainsi qu’un autre cours sur la relation aux autres. Bien des dirigeants deviendront alors de vrais leaders.
Le coaching ou d’autres pratiques thérapeutiques traitent de cela, mais en comprendre réellement le fonctionnement, c’est peut-être s’ouvrir un peu plus à soi-même et devenir moins esclave de ses reflexes inconscients.
Qu’il s’agisse de celui qui terrorise ses collaborateurs ou au contraire, de celui qui est malmené par son responsable, les peurs sont présentes partout.
Pour revenir au film, la peur pousse Cheng à marquer son territoire, à montrer qu’il est le plus fort. En revanche, elle oblige Dre à fuir. Dans la vie des entreprises, nous retrouvons les mêmes types de comportements : la peur de ne pas faire face représente la 1ere peur, suivi des autres peurs, celles de ne pas être compétent, ne pas être considéré comme assez important ou encore ne pas être aimé. Prenons l’exemple de ce manager qui critique en permanence ses collaborateurs et ses collègues, voire ses proches, en remettant en question la qualité de leur travail, la pertinence de leurs analyses, l’opportunité de leurs décisions… Celui-ci est sous l’emprise d’une peur inconsciente : celle de sa propre incompétence, ne pas être légitime à la fonction de manager. En critiquant les autres, il évite finalement de se remettre lui-même en cause ou même d’être sujet aux critiques. Il a ainsi l’illusion que tout va bien.
Si ce manager, grâce à un accompagnement personnel, apprenait à identifier et à affronter sa peur, il pourrait s’en affranchir, ne plus en être victime et par conséquent, il ne s’en prendrait plus à son entourage. On imagine aisément les effets produits par un changement de comportement de cette nature.
Ce film met en exergue deux aspects essentiels :
1- Prendre conscience de sa peur est la première étape mais aussi sans doute la plus complexe car notre cerveau met en place des systèmes de blocage (déni, transfert de responsabilités sur les autres…). Les coachs connaissent bien cela.
2- Dépasser ses peurs nécessite un accompagnement. Il faut agir pour comprendre l'origine de certains comportements ( souvent liés à l'enfance),accepter d'affronter ses peur. Le Jeune Dre sait qu'il risque de souffrir mais il sait que la souffrance sera encore pus grande s'il passe toute sa vie à fuir. J'invite donc toutes les personnes conscientes de leurs mécanismes limitants à faire quelque chose pour elles-mêmes et les autres.Allez à la rencontre de vos peurs et vous verrez, vous grandirez.




