News N°11 Novembre 2010 " Le Mail : nouvel ennemi du respect et du civisme " - 06 novembre 2010

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Il y a 20 ans, l’homme créa un outil de communication d’une puissance incroyable : le mail. Malheureusement, il ne sut pas parallèlement mettre en place un système adéquat pour l’utiliser.
Les conséquences ne sont pas anodines. Les sollicitations en tout genre se sont considérablement amplifiées et nous sommes incapables d’y répondre efficacement. A notre insu, le mail a même modifié l’organisation du travail et nos relations humaines. Si techniquement notre capacité de réponse est aujourd’hui bien plus rapide qu’hier, notre cerveau, lui, n’a pas pour autant développé la même faculté. C’est pourquoi, nous nous sentons parfois dépassés. Cette masse d’informations que nous recevons de façon continue finit même par rendre les relations humaines plus complexes : 70 % des managers déclarent souffrir de surcharge informationnelle et 94 % pensent que la situation ne peut que se détériorer. Le syndrome du débordement cognitif provient de l’accroissement permanent d’informations, du stress des personnes qui y font face et de la perte de sens que cela engendre.
En outre, le système a ses failles. Alors que l’on pourrait s’attendre à avoir des réponses rapides à des demandes parfois simples, en réalité, il arrive que les délais soient longs ou même que nous n’obtenions aucune réponse. Certes, alors que le téléphone est un outil synchrone et intrusif, le mail permet de prendre la distance nécessaire par rapport à toutes les sollicitations. Mais il révèle aussi nos pires côtés. Le mail nouvel ennemi du respect et du civisme ? Il est vrai qu’avec lui, ne pas répondre à quelqu’un qui nous a envoyé un message ne pose plus aucun problème de conscience.
Aujourd’hui, l’argument récurrent pour justifier « les silences ordi », c’est l’excès de mail. Paradoxe technologique, un outil d’échange, voire de communication, qui finalement tue la communication et produit de la frustration, quand ce n’est pas de l’exaspération, qui peut survenir lorsque l’on est confronté à l’indifférence de notre interlocuteur.
Imaginons un instant les situations suivantes : une personne de 50 ans, chômeur depuis un moment attend la réponse d’un DRH qui ne viendra pas, un prestataire de service qui s’accroche à l’espoir d’un contrat et qui malgré ses relances n’aura jamais la réponse, un collaborateur qui attend d’un collègue une réponse sur un dossier important qu’il doit remettre à son DG… Lorsque les réponses n’arrivent pas, que ressentent ces personnes ? Vous-mêmes, pourquoi vous arrive-t-il de ne pas répondre ?
Le plus étonnant sans doute est que les premiers à fustiger ces attitudes sont précisément ceux qui les adoptent quotidiennement. En résumé, faites ce que je dis, pas ce que je fais !
Lorsque je m’interroge sur ce phénomène, on me rétorque que tout cela est bien normal, que les gens n’ont pas le temps, que je suis impatient… Mais je ne parviens pas à m’y résoudre.
En même temps, l’écran d’ordinateur est devenu une espèce d’écran total qui nous protège et nous isole. Décider de ne pas répondre à un ou plusieurs mails donne à certains une illusion de pouvoir. Le manque de temps, la pression conduisent l’homme à se comporter comme une machine. Etant donné qu’il est difficile d’arrêter l’évolution technologique, que deviendrons- nous demain? Une société de stressés et d’individualistes, où les réflexes prennent le pas sur la réflexion ? Et si c’était le cas.
D’ores et déjà, l’humain est déshumanisé. Les dirigeants ne s’en rendent même plus compte. Chacun se cache derrière son pouvoir quel qu’il soit pour justifier ses comportements irrespectueux.
Alors faisons l’effort de rester humain. Luttons pour préserver des échanges positifs et bienveillants. Et prenons le temps de répondre aux personnes qui ont vraiment besoin de nous…




