N°16 News Septembre 2011: " La philosophie au service de l'entreprise " - 05 septembre 2011
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Ricardo Croati. France Training pour 3i3S septembre 2011
Dans un monde où tout va de plus en plus vite, où plus personne ne prend le temps de s’interroger et dans lequel les mots « stress », « pression », « risques psychosociaux », « burn out » font partie du langage courant, la philosophie offre un moyen d’être plus calme, plus distant, plus humain aussi. En résumé, de prendre ce fameux recul dont chacun parle sans vraiment être capable de le faire.
Depuis plus de 10 ans, le coaching s’impose comme étant le moyen le plus efficace pour aider, accompagner des managers en proie à des difficultés diverses. Les demandes sont de plus en plus fréquentes, elles touchent aussi bien les hommes que les femmes, et les problématiques sont de plus en plus variées. Les managers se disent « paumés » : on leur demande d’être des supers héros à la Marvell Production (Spiderman, Hulk, X-men, Iron man…) mais eux ne sont pas dotés de super pouvoirs. On leur demande d’être à la fois de bons analystes, de bons experts, de maîtriser une présentation devant 500 personnes, d’être de bons managers et de bons leaders mais aussi de bons coachs, d’être disponibles et souriant, en toutes circonstances.
J’aimerais préciser que l’entreprise n’est pas la seule responsable de tous les maux. Les grandes écoles favorisent sans doute cela aussi. La nécessaire réussite de leurs élèves les pousse à la performance rationnelle en oubliant l’humain, en leur donnant l’illusion qu’ils seront heureux s’ils se comportent comme des « winners ». Comment peut-on penser qu’une école sensée former les managers de demain puisse nier l’importance de l’humain ? Hélas, nous retrouvons quelques années plus tard ces élèves, devenus managers, dans un piètre état parfois. Quand ce ne sont pas leurs collaborateurs qui pâtissent durement du management de ces derniers.
Alors comment aider les managers, les dirigeants et les entreprises à sortir de cette spirale ?
La philosophie (tout comme les neurosciences cognitives et comportementales) offre un espace de réflexion très intéressant. Car après tout qu’est-ce la philosophie si ce n’est la promesse de vaincre nos peurs par nous-mêmes ? Etre philosophe, c’est aimer la vie. C’est ne pas craindre la contradiction.
« Le philosophe ose avouer son ignorance, exprimer ses incertitudes, poser des questions. Il apprend sans cesse des situations, des autres, de ses erreurs, de ses réussites, de ses lectures, de ses rencontres, de ses voyages. »*
« A un être qui parle il faut savoir parler. A un être pourvu de raison il faut savoir expliquer. Un être rempli de sentiments a besoin d’être encouragé et reconnu. Chaque être est un individu unique qui pense, sent et vit à sa façon. Chaque être humain vise son intérêt propre mais ne peut exister sans l’autre. Chaque être parlant, composé de cœur et de raison, à la fois centré sur lui et nécessiteux des autres est une énigme pour les autres et pour lui-même. »*
Rapprochons alors les savoirs. La psychologie, la philosophie, les neurosciences, toutes ces approches andragogiques disent les mêmes choses : pour être performant et efficace, il est nécessaire d’apprendre à se connaitre, à être bienveillant, à écouter, à poser des questions, à respecter l’autre comme un autre soi-même, à avoir confiance.
La philosophie bouddhiste est à la croisée des chemins entre la philosophie occidentale et la psychologie. Nos représentations mentales ne sont pas la réalité. Il faut donc aller à la découverte de soi pour comprendre la réalité et ainsi rompre avec les projections, les perversions et autres incohérences comportementales.
Je rencontre tellement de managers, qui ont pourtant fait de bonnes études, mais qui ne savent pas dialoguer avec leurs collaborateurs ? Le dialogue est au cœur de la relation humaine, donc au cœur du management. Comment alors réussir sans communiquer, sans s’intéresser à l’autre? C’est simplement impossible.
En philosophie, l’autorité passe par la confiance alors qu’en entreprise, l’autorité trouve son origine dans les préjugés, les galons et l’absence de dialogue. Cette culture ne résistera plus très longtemps aux attentes humanistes et légitimes de nos contemporains.
Une équipe est une « singulière pluralité d’êtres uniques »**. Ainsi le manager doit en permanence se tourner vers eux avec humilité et curiosité car la différence reste la base de la relation humaine. C’est grâce à cette différence que les relations se tissent. Accepter ces différences, c’est renforcer la confiance en soi car cela nous évite de projeter sur l’autre nos propres angoisses.
Par nature les hommes et les femmes (c’est probablement encore plus fréquent chez les hommes) restent enfermés dans le jugement qu’ils se font des autres. C’est ainsi qu’ils se coupent de l’information dont ils ont besoin pour traiter les situations.
Comme le rappelle une enquête il y a cinq ans, en France on culpabilise au lieu de responsabiliser, et l’on confond autorité avec autoritarisme.
La philosophie nous enseigne que la peur de mourir ne doit pas nous rendre agressif, au contraire. Nous faisons partie d’un tout en évolution. Notre présence n’est que provisoire, alors s’interroger pour trouver le calme c’est sans doute cela manager.
Le manager de demain devra comprendre et intégrer « que les êtres humains ne reconnaissent vraiment que ce qu’ils comprennent et qu’ils ne comprennent vraiment que ce à quoi ils ont participé. »*
A méditer
*E.Vegleris
** Hannah Arendt




